Voyage en Grèce Icam / ECAM

du 7 mai 2019 au 17 mai 2019 

Il est un pays où, si l'on est un peu attentif, l'on sent battre doucement le coeur du monde.



Une contrée pleine de contrastes, de ses plages de lazuli à ses monts poudrés de neige. Avec, entre les deux, des immensités d'oliviers et d'orangers.

Tiens, oui, je ne pensais pas trouver de la neige en me rendant au pays d'Aristote. J'imaginais plutôt des collines pelées écrasées par un astre implacable.

J'y ai trouvé des fleurs, des profusions de fruits gorgés de douceur, des forêts touffues et des ports offerts aux vents frais d'Egée ou du Golfe Saronique. En mai, La Grèce porte son plus bel habit de l'année. Et, hormis l'Acropole où une foule impressionnante, cosmopolite et parfois criarde monte à l'assaut des vestiges comme s'il s'agissait d'un parc d'attractions, empêchant de goûter pleinement à la majesté millénaire du lieu, les sites que j'ai visités ont une magie étrange. Envoûtante. Et suffisamment de silence pour pouvoir méditer sur la fuite du temps et autres délices philosophiques.

Nos guides, Costas et Chryssa, étaient exceptionnels. Ils n'étaient pas seulement grecs, non, ils étaient la Grèce à eux seuls. Fougueux, passionnés, extrêmement cultivés, chaleureux et pleins d'humour.

Chaque légende de la mythologie, du mythe d'Oedipe à la bataille des Thermopyles, en passant par les démêlés sentimentaux d'Hera, Zeus et Aphrodite, et l'amour fou d'Hadrien pour Antinoüs, tout prenait dans leur bouche des allures de série Netflix. Les scénaristes de Games of Thrones n'ont rien inventé. Les hommes et les Dieux se tirent la bourre depuis la nuit des temps, ne pensant qu'à se battre et surtout à Niké. La victoire en tous domaines. Enivrés par la puissance virile d'Athéna du même nom. Poil à Agamemnon. Le tout, bien entendu, agrémenté de bonnes doses d'hémoglobine et de tortures variées. Les hommes sont fabuleux, décidemment...

J'ai aimé Mycènes et sa Porte des Lionnes, Les Météores et leurs monastères agrippés au vertige. Ah...Les Météores... Un des plus beaux lieux visités, emplis de majesté et d'humilité à la fois, vibrant de toute la force cosmique des hauts-lieux spirituels. Une vraie splendeur que je vous conseille.     J'ai aimé Delphes et sa Pythie. J'y ai vu le Rocher de Sibylle comme un clin d'oeil à ma petite-fille, et le Nombril du Monde, sorte de gros oeuf de pierre censé représenter le centre exact de l'univers antique.

L'île de Poros, de turquoise et d'albâtre, le lever triomphal de Phoebus sur la mer, sur mon balcon à l'hôtel de Tolo, le petit train du Pelion qui ondule à travers les oliviers tordus par les ans.
Thessalonique, la grande cité antique, bigarrée et somptueuse, qui étale sa beauté irréelle, ses trésors anciens et ses blessures de crasse et de misère dans un ordre aléatoire. Un palace, des réfugiés, un jardin mirifique, des poubelles éventrées. Et des tags sur l'arc de Galère.
A Arachova, trouver des boutiques de ski, des étalages de gants, bonnets et doudounes en canard. Découvrir Nauplie et ses yachts de luxe, à l'ombre d'une citadelle vénitienne aux murailles menaçantes.

J'ai aimé la rondeur des églises byzantines, toutes en coupoles et en arcs cintrés, malgré le luxe tapageur et trop chargé de leurs décorations intérieures, et le calme serein des Popes sous leur barbe. Emprunter en bateau le mythique canal de Corinthe et ses eaux vert veronese, plaie géante creusée dans lepoudingue et la marne alternés comme les couches de crème et de meringue d'un gâteau de légende. Le vent s'y engouffrait et me secouait l'âme de mille pensées vagabondes. La plage de galets de Loutraki, sentir les embruns dans mes cheveux, embrasser le platane géant de Tsagarada, et prendre un peu de sa force millénaire, rencontrer ce vieux paysan à Milies, souriant gravement de tous ses yeux et de toute sa moustache. Epidaure, son théâtre majestueux bravant les siècles, où Costas a entonné un chant mélancolique pour en démontrer l'acoustique.

J'ai aimé réapprendre à lire mon αλφάβητο** (alphabet) ...quel charme, ces lettres grecques, s'enroulant avec la grâce des feuilles d'acanthe sur une colonne corinthienne...

Et puis, toute la vie rythmée par le balancement de la musique et des plats traditionnels dans les tavernes, délicieuses entorses à la diététique, tant l'huile et le miel enrobent tout. Heureusement compensés par une abondance de légumes et de condiments légers. Une force et une douceur incomparables un peu partout, mais vous le savez, c'est à travers mon filtre, je vibre toujours à la douceur des choses plutôt qu'à leur tranchant.

Athènes, enfin, ville blanche, toute blanche dans son écrin de vert sombre et de craie. Minérale. Végétale. Animale aussi. Chaque pierre murmurant une histoire incroyable, d'enfants à queue de serpent, de vierges folles se jetant d'une falaise, de dieux mangeant leur progéniture en se léchant les doigts, et autres pauvres diables de mortels se faisant transformer en pierre ou embrocher comme de vulgaires méchouis.

Quant au groupe que formaient mes compagnons de voyage (56 participants), j'y ai rencontré des personnes adorables, affables, multicolores, et pleines d'humanité, qui se reconnaîtront si elles lisent ces lignes. Je me suis sentie vraiment accueillie.

Je ne peux tout vous dire de mes enchantements sans dépasser la limite après laquelle on se lasse d'un récit de voyage. Mais que d'émotion, mes amis, que de frissons du cortex à l'amygdale devant tant de splendeurs... Allez, je vous laisse découvrir, moi j'atterris doucement, l'oeil étoilé.

Célestine (Martine Tamain-Joubert)